Formation des points focaux du GRASH

Grâce à l’appui du NDI, le Groupe de Recherche-Action sur la Sécurité Humaine (GRASH) a initié une formation à l’attention de ses points focaux, les 6 et 7 avril 2018 à Kaya. Cette formation, prévue pour réunir 15 personnes, a finalement réuni 10 points focaux venus des régions des Cascades, des Hauts Bassins, du Plateau central, de l’Est, du Sahel, du Centre-Sud (Manga), du Centre Ouest (Koudougou), du Centre-Nord (Kaya) et du Nord (Ouahigouya). Les absences se justifient notamment par le fait que certains points focaux, fonctionnaires de leur état, n’ont pas obtenu une autorisation de leur hiérarchie pour prendre part à la formation.

La formation s’est articulée autour des principaux axes que sont le contexte et les défis sécuritaires au Burkina Faso et au Sahel (I), et les principes et techniques d’un monitoring sécurisé des incidents sécuritaires (II).

  1. Contexte et défis sécuritaires au Burkina Faso et au Sahel

Ce module a été animé par le Commissaire de police Aimé Salvador Bougma. Sa présentation a été complétée par l’exposé de Fatimata Ouédraogo sur la collaboration de la société civile et les forces de défenses et de sécurité (FDS) et les défis sécuritaires au Sahel.

  • Situation sécuritaire

La communication du Commissaire avait pour objectif d’outiller les participants sur les problématiques et défis sécuritaires au Burkina Faso.

  1. Défis sécuritaires

Le Burkina Faso connaît, depuis ces dernières années, une situation sécuritaire assez inquiétante, aggravée par les attaques terroristes. Le nombre d’attaques enregistrées en trois ans (2015-2017) est très illustratif: plus de 80 attaques ayant occasionné la mort de plus 133 personnes, plusieurs blessés et des dégâts matériels incalculables. Pour appréhender cette crise dans sa quintessence, il suffit de faire l’état des lieux et de diagnostiquer le dispositif sécuritaire du pays. En s’intéressant à l’état des lieux, on constate les problèmes d’incivisme, le grand banditisme, le terrorisme, les groupes d’autodéfense, les conflits intercommunautaires, la traite des personnes, le trafic des stupéfiants et d’armes. Concernant le dispositif sécuritaire, il y a une faiblesse au niveau du maillage sécuritaire, des statistiques sur la couverture sécuritaire du pays (156 départements sans service de sécurité), du manque des moyens logistiques humaines et financiers, de l’insuffisance de collaboration entre les FDS et la population.

  1. Solutions

Pour résoudre le problème d’insécurité, le Commissaire a proposé des solutions tant endogènes qu’exogènes.

S’agissant des solutions endogènes, on distingue les solutions d’ordre stratégique et de celles d’ordre opérationnel. Les solutions d’ordre stratégique consistent en l’élaboration d’une politique de sécurité intérieure portant principalement sur :

  • le renforcement du dispositif juridique ;
  • le maillage sécuritaire du territoire ;
  • la recherche de renseignement opérationnel ;
  • la restauration de l’autorité de l’Etat ;
  • la motivation des forces de défense et de sécurité engagées dans le combat contre le terrorisme,
  • la mise en œuvre d’une stratégie nationale de lutte contre le terrorisme, avec la mise en place d’une structure centrale ;
  • le rapprochement entre les forces de sécurité et les citoyens.

Au plan opérationnel, on peut noter :

  • le partage d’information entre les différents acteurs étatiques intervenants dans la sécurité ;
  • la sensibilisation de la population sur leur rôle de coproduction de sécurité ;
  • le renforcement des moyens logistiques ;
  • le renforcement des effectifs des forces de sécurité;
  • le renforcement de la formation des acteurs ;
  • le renforcement des contrôles aux frontières ;
  • la protection des informateurs ;
  • le renforcement du contrôle sur la circulation illicite des armes ;
  • le renforcement de la capacité opérationnelle de la Cellule Nationale de Traitement des Informations financières (CENTIF) ;
  • la création d’emploi pour les jeunes.

Quant aux solutions exogènes, elles consistent au renforcement de la coopération avec les autres pays limitrophes notamment sur la collecte et la diffusion de l’information et la mutualisation des forces.

  • La collaboration entre population civile et FDS

Les populations qui sont les premières à être victimes de l’insécurité ont un rôle très important de coproduction de la sécurité. Comme l’a si bien souligné le colonel Auguste Denise Barry, Directeur Exécutif du Centre d’études stratégique en défense et sécurité (CESDS) lors d’une conférence de presse, le 31 aout 2016: « Considérer la sécurité et la défense comme domaines réservés de l’Etat n’est plus pertinent. Chaque citoyen peut donner sa perception de la sécurité. Mais, trouver des solutions revient aux spécialistes ». La collaboration des populations s’effectue à travers essentiellement la police de proximité. Selon l’article 8 de la loi relative à la sécurité intérieure de 2003, la police de proximité consiste à intégrer au mandat opérationnel des forces de sécurité intérieure la participation des communautés dans la gestion de la sécurité par la prévention de l’insécurité et de la criminalité à travers l’identification concertée des problématiques locales de sécurité, la recherche de solutions et leur application.

Les « initiatives locales de sécurité » ou les « initiatives communautaires de sécurité » désignent des « polices informelles » issues des communautés, qui s’organisent de diverses manières pour assurer la protection de ces dernières. On peut citer principalement les Dozo et les kolgwéogo. Pour le bon fonctionnement de la police de proximité, plusieurs textes juridiques ont été élaborés par l’Etat burkinabè. Toutes les initiatives des populations en matière de sécurité sont salutaires pourvu qu’elles prennent en compte la règlementation en vigueur. Les initiatives peuvent s’étendre à la constitution des OSC.

Beaucoup d’arrestations ont eu lieu grâce à la collaboration des populations et les FDS ne cessent de demander leur concours pour dénoncer tous les cas suspects. D’où l’importance de poursuivre la sensibilisation sur la nécessité pour les populations civiles de collaborer avec les FDS.

Le Burkina Faso partageant quasiment les mêmes problèmes en matière de sécurité que connaissaient l’ensemble des pays du Sahel, Me Ali TRAORE a présenté la plateforme des OSC du Liptako-Gourma pour la sécurité au Sahel, mise en place par des OSC du Burkina Faso, du Mali et du Niger avec l’appui technique et financier du NDI et de ses partenaires. L’objectif de cette plateforme est de traiter des problématiques et défis sécuritaires au niveau sous-régional.

  1. Le monitoring des incidents sécuritaires

Animé par Me Ali TRAORE, le module relatif au monitoring des incidents sécuritaires a été introduit par l’élucidation du de sécurité humaine et des cas relatifs à la sécurité qui seront l’objet du monitoring. Il a ensuite présenté l’outil de monitoring conçu par le CONASCIPAL et de traiter des principes et des techniques pour un monitoring sécurisé des incidents sécuritaires.

  1. Le concept de sécurité humaine et les cas relatifs à la sécurité qui seront l’objet du monitoring

Le terme sécurité humaine est un terme assez vaste et holistique. La sécurité humaine vise à « …protéger le noyau vital de toutes les vies humaines, d’une façon qui améliore l’exercice des libertés et facilite l’épanouissement humain. La sécurité humaine signifie la protection des libertés fondamentales, qui sont l’essentiel de la vie. Elle signifie aussi protéger l’individu contre des menaces graves ou généralisées. Il faut pour cela s’appuyer sur les atouts et les aspirations de chaque individu. Mais cela signifie aussi créer des systèmes – politiques, sociaux, environnementaux, économiques, militaires et culturels -, qui ensemble donnent aux individus les éléments indispensables de leur survie, de leurs moyens d’existence et de leur dignité. » (CSH : Application du Concept de Sécurité Humaine et Fonds des Nations Unies pour la Sécurité Humaine).

Il y a plusieurs types de menace à la sécurité humaine. Comme types de menaces possibles à la sécurité humaine on peut citer :

  • Sécurité économique: pauvreté persistante, chômage Sécurité alimentaire Faim, famine;
  • Sécurité sanitaire: maladies infectieuses mortelles, alimentation malsaine, malnutrition, manque d’accès aux soins de santé essentiels
  • Sécurité de l’environnement: dégradation de l’environnement, épuisement des ressources, catastrophes naturelles, pollution Sécurité personnelle: violence physique, criminalité, terrorisme, violence familiale, travail des enfants
  • Sécurité de la communauté: tensions interethniques, religieuses et autres liées à l’identité
  • Sécurité politique: répression politique, abus des droits de la personne

Le but de la sécurité humaine reste l’homme. En tant que concept centré sur la personne, la sécurité humaine place l’individu au « centre de l’analyse ». Par conséquent, la sécurité humaine considère une large gamme de conditions qui menacent la survie, les moyens d’existence et la dignité et elle identifie le seuil au-dessous duquel la vie humaine est menacée de façon intolérable.

La sécurité humaine est aussi fondée sur une compréhension multisectorielle des insécurités. Elle représente une compréhension globale des menaces, y compris les causes d’insécurité liées par exemple à la sécurité économique, alimentaire, sanitaire, de l’environnement, personnelle, de la communauté et politique.

  1. Faits relatifs à la sécurité au sens strict

Des travaux de groupes ont permis aux points focaux présents à la formation de partager les faits récurrents relatifs à la sécurité de leurs localités respectives. Ce sont notamment, le grand banditisme, le terrorisme, l’incivisme routier, les meurtres, les groupes d’autodéfenses, les mentalités et pratiques socioculturelles, le trafic et la consommation des stupéfiants et des boissons frelatées, les conflits agriculteurs et éleveurs, le conflit foncier, l’orpaillage, déchets toxiques des mines, la divagation des éléphants, etc.

Après ces travaux de groupe, il a été convenu que les faits relatifs à la sécurité qui feront l’objet de monitoring constituent en général les menaces dirigées contre l’Etat ou les institutions, notamment sous forme d’attaques militaires, les violations des droits de l’homme commises par les FDS, les politiques de sécurité.

Le fait de monitorer ces faits permet de :

  • aider à vérifier et à documenter les cas;
  • élaborer des comptes rendus/rapports;
  • être un outil d’aide à la décision.
  1. L’outil de monitoring

L’outil de monitoring est un tableau qui permet de recenser et d’enregistrer tous les faits relatifs à la gouvernance démocratique du secteur de la sécurité. Il permet de suivre en temps réel la situation sécuritaire du pays. Bien que le GRASH a choisi de remplir lui-même l’outil de monitoring à partir des informations qu’il recevra de diverses sources dont les points focaux, l’outil de monitoring a été présenté et mis à la disposition des participants qui pourraient l’utiliser.

  1. Les principes du monitoring

Le monitoring obéi au respect d’un certain nombre de principes qui sont : l’exactitude, la confidentialité, l’impartialité, l’approche sexo-spécifique. Ces principes ont été identifiés par les participants grâce à des travaux de groupes, et expliqués.

  1. Les techniques et outils pour un monitoring sécurisé

La recherche, le traitement et le transfert d’informations requièrent un minimum de précautions. Ces précautions peuvent résulter de l’utilisation des outils informatiques sophistiqués et sécurisés. Ces outils qu’il convient de maîtriser constituent des applications et des logiciels. On peut citer, parmi tant d’autres, Signal, Tor Browser, Psiphon, Veracrypt, CyberGhost, Mailvelope, Threema, Tempmail, Tutanota, Metasploid. Les informations peuvent aussi être envoyées par mail compressé.

  1. Contraintes et besoins des points focaux

Tout en réaffirmant leur volonté de collaborer avec le GRASH, les points focaux ont exprimé des besoins pour le bon déroulement du travail de monitoring. Il s’agit notamment d’équipement en outil de communication (smartphones), de moyens de déplacement (motos), de dotation en carburant et en unités, la motivation des représentants locaux, leur formation périodique.

Me Ali TRAORE, président du GRASH a reconnu la légitimité des besoins exprimés mais a expliqué que le GRASH est une jeune structure dépourvu de moyens. Il a cependant invité les points focaux à travailler, ce qui permettra, avec les résultats qu’on obtiendra, d’approcher d’éventuels partenaires pour nous aider à répondre à ces besoins.

Conclusion

La formation des points focaux n’aurait pas eu lieu sans le soutien du NDI. Elle a été l’occasion pour les points focaux de réaffirmer leur engagement à collaborer avec le GRASH. Ils ont par ailleurs suggéré que de telles opportunités de renforcement des capacités leur soient toujours offertes.

Tout en remerciant le NDI, le GRASH a souhaité pouvoir toujours bénéficier du soutien de celle-ci. La délégation du NDI présente a rassuré le GRASH que sa demande n’est pas tombée dans l’oreille de sourd.

 

Rapporteurs :

MARE Dobi Parfait

SAMPO Jacques 

 

points focaux, sécurité, terrorisme, radicalisation

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